Après la braderie de Lille et plusieurs feux d’artifice en Normandie, faut-il annuler les rendez-vous populaires ?

Le parcours a été revu. « Il comportait trop d’intersections avec des rues adjacentes, où il aurait fallu placer des barrages et des équipes de sécurité. Nous avons donc cherché à en limiter le nombre en réduisant le trajet, qui partira cette année de la Mâture et non plus de l’hôtel de ville, pour s’achever devant le casino », expliquent les organisateurs du Corso fleuri prévu le dimanche 28 août à Fécamp, où plus de 12 000 personnes sont, comme chaque année, attendues. « Nous avons aussi prévu de demander aux spectateurs de venir si possible sans sac. Cela réduira le temps de passage aux points de contrôle, avec une file d’attente pour les gens munis d’un sac et une autre pour ceux qui n’en auront pas », ajoutent-ils, désireux de rendre les accès aussi fluides que possible, tout en garantissant le niveau de sécurité exigé, depuis l’attentat de Nice, par les pouvoirs publics.

Des procédures renforcées

L’élévation de ce niveau, ordonné dès le lendemain du carnage par une circulaire ministérielle et rappelé le 27 juillet dernier par le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, à l’issue d’un Conseil de défense et de sécurité, s’est immédiatement traduit par un renforcement des procédures et de l’examen préalable des dispositions prises pour la sécurisation des fêtes et manifestations populaires. Et si ce ne sont évidemment pas ces mesures, mais bien les menaces d’attentats qui doivent être mises en cause, elles sont directement à l’origine de reports, réductions, déménagements ou annulations de nombreux événements estivaux, tels la fête du jasmin de Grasse, la Prom’Party du 15 août à Nice, ou encore des feux d’artifice de Collioure, de La Baule et, dans la région, de Seyne-sur-Mer et de Villers-sur-Mer, deux communes du Calvados. Ainsi que de celui de Saint-Jouin-Bruneval ce soir, tant par respect pour les victimes de Nice et de Saint-Étienne-du-Rouvray que pour raison de sécurité (lire par ailleurs).

Évidemment, l’annulation de la braderie de Lille, où deux millions de personnes déambulent traditionnellement le premier week-end de septembre, constitue un marqueur fort de ce renforcement de la sécurité, qui touche également des manifestations de dimensions infiniment plus modestes (lire par ailleurs). Ainsi, la première partie des concerts programmés dimanche prochain sur l’esplanade du casino d’Yport a été annulée faute de disponibilité des forces de l’ordre, mobilisées ailleurs. En revanche, les récitals en soirée de Fred Blondin et des Forbans, ainsi que le feu d’artifice, pourront se dérouler sous surveillance policière et avec le renfort de militaires du dispositif Sentinelle. « La suppression des concerts de l’après-midi est une déception, mais nous ne pouvions bien sûr pas faire l’impasse sur la sécurité », souligne Audrey Watbot, qui précise qu’environ 3 000 personnes se pressent habituellement, « par beau temps », devant le casino d’Yport.

« Il est impossible de fixer une jauge, d’avancer un chiffre en deçà duquel un événement n’est pas considéré comme présentant un risque d’attentat : cela dépend de sa nature, de la configuration des lieux, de sa sensibilité… Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a d’ailleurs rappelé que la menace est globale et protéiforme, explique Yvan Cordier, secrétaire général de la préfecture de la Seine-Maritime. C’est pourquoi chaque situation doit être soigneusement étudiée, au cas par cas. »

Déjà dans une posture « de très grande vigilance » renforcée par l’instruction ministérielle du 17 juillet, qui rappelle que la sécurité est d’abord une attention partagée entre les organisateurs, le maire au regard de ses pouvoirs de police, les forces de l’ordre et le préfet du département, les autorités ont décidé d’accentuer et de formaliser davantage les réunions préparatoires aux manifestations publiques. C’est ainsi que jeudi, en sous-préfecture de Dieppe, furent étudiées les modalités d’accès au festival « Rock sur les galets », où sont attendues, lundi 15 août, plus de 5 000 personnes dans une enceinte similaire à celles des « fans zones » de l’Euro 2016.

« Aucune mesure d’interdiction
à ce jour »

« On vérifiera la qualité du barriérage, les contrôles d’accès, les filtrages avec fouille des sacs. Nous n’hésiterons pas à mettre en œuvre les nouvelles mesures de police administrative prévues par la loi du 21 juillet dernier, qui proroge l’état d’urgence et autorise les forces de l’ordre à pratiquer des contrôles d’identité et des fouilles de véhicules. Évidemment, nous en informerons l’autorité judiciaire qui était seule, avant la déclaration de l’état d’urgence, à avoir la possibilité d’autoriser de telles mesures », indique Yvan Cordier.

Outre le festival de rock, la sécurité des cérémonies de commémoration du raid du 19 août 1942, mais aussi celle du festival des cerfs-volants, début septembre, ont été étudiées lors de cette réunion à Dieppe. Aujourd’hui, le doute plane sur la tenue de ce rendez-vous international.

« À ce jour, aucune mesure d’interdiction n’a encore été prise pour un événement en Seine-Maritime, rassure toutefois Yvan Cordier. Mais évidemment, madame la préfète n’hésiterait pas à le faire si les conditions de sécurité lui paraissaient insuffisantes. »

Franck Boitelle

f.boitelle@presse-normande.com

Article source: http://www.paris-normandie.fr/region/apres-la-braderie-de-lille-et-plusieurs-feux-d-artifice-en-normandie-faut-il-annuler-les-rendez-vous-populaires-DD6500603 feux d'artifice, pyrotechnie, artificier / pyrotechnie