Après les attentats, les professionnels des feux d’artifice s’inquiètent pour leur activité

Si le nombre de feux d’artifice annulés cet été en France après les attentats est faible, les suppressions ont concerné les communes ayant un budget assez important.

Feu d’artifice le 14 juillet 2016 à Carcassonne. (Illustration) ( AFP / REMY GABALDA )

Après l’attentat du 14 juillet à Nice, où un camion fou avait foncé dans une foule de 30.000 personnes sur la Promenade des Anglais, de nombreuses festivités et feux d’artifice ont été annulés en France pour des questions de sécurité. Ce qui inquiète les professionnels de la pyrotechnie. Et pour cause, entre 10.000 et 12.000 feux d’artifice sont tirés chaque année, dont une multitude dans des petites communes. Environ 60% des manifestations ont lieu les 13 et 14 juillet, selon le syndicat des fabricants d’explosifs, de pyrotechnie et d’artifice.

Les suppressions concernent surtout des communes qui déploient un budget assez important pour leur spectacle. Si le prix moyen s’élève à environ 2.500 euros, il peut monter jusqu’à 100.000 euros pour certains feux. « Le nombre d’annulations est faible mais l’impact sur le chiffre d’affaires des fabricants sera proportionnellement beaucoup plus important », explique Jean-Frédéric Dartigue-Peyrou, secrétaire général du syndicat.

« Il ne faut pas juste regarder la taille des villes mais aussi l’attractivité du feu dans ces villes touristiques, où la population est multipliée par trois ou quatre, voire plus pour les stations balnéaires », a précisé M. Dartigue-Peyrou. Or, ces communes ne disposent pas toujours des moyens matériels et financiers nécessaires pour sécuriser des grands événements.

De leur côté, les artificiers n’ont pas de marge de manoeuvre pour faire en sorte qu’un spectacle soit maintenu. « On prévoit de tirer un produit de tel calibre à tel endroit dans un périmètre de sécurité et nous assurons la sécurité de ce côté-là de la barrière, mais de l’autre côté, ce n’est pas de notre ressort », a souligné Jean-Louis Morancé, dirigeant de Prestatech. La société, qui assure une cinquantaine de feux par an pour un chiffre d’affaires de 500.000 euros, n’a pas été affectée par les annulations jusqu’à présent.

En cas de suppression, « il y a des dédommagements, ils varient énormément d’une ville à l’autre mais cela ne comble pas » le manque à gagner, résume Jacques Couturier, président du groupe Artifices JCO. Son entreprise aurait dû notamment assurer le feu d’artifice de La Baule, annulé par la mairie pour ne « faire prendre aucun risque » au public.

L’entreprise Fêtes et Feux a également été touché par les annulations. Elles représentent en août une baisse de 10% de son chiffre d’affaires. « Il faut aller de l’avant et continuer à travailler pour gagner des marchés mais ce qui est perdu, on ne le rattrape pas », commente Bertrand Julhès, PDG de la société.

UNE TENDANCE QUI POURRAIT EMPIRER

S’il est encore trop tôt pour évaluer l’impact des annulations pour 2016 – des feux importants étant tirés en fin d’année – certains professionnels du secteur s’inquiètent. « L’incidence financière n’est pas catastrophique mais je crains qu’elle ne le devienne très rapidement, la tendance des annulations nous inquiète pour le reste de l’année », affirme Jacques Couturier.

« C’est une situation totalement inédite, on sait prendre des décisions stratégiques, mais là, je ne suis maître de rien, ça créé une frustration terrible », expose le chef d’entreprise qui emploie 25 personnes à l’année et 30 saisonniers entre mars et septembre pour un chiffre d’affaires de 5 millions d’euros. « Il ne faut pas que les annulations perdurent dans le temps sinon les entreprises françaises seront impactées sévèrement et cela pourrait remettre en cause leur pérennité », a déclaré Bertrand Julhès.

Pour minimiser le poids des annulations en France, l’export se présente comme le principal relais de croissance pour les professionnels. Certaines sociétés sont déjà bien positionnées sur ces marchés, comme Ruggieri, leader en Europe, qui compte plusieurs filiales à l’étranger.

« On avait très peur de l’état d’urgence mais avant les attentats de Nice, globalement les feux se tiraient. Il faut attendre un peu pour voir comment se présentera la saison prochaine », a affirmé M. Dartigue-Peyrou.

Suite aux attentats du 13 novembre à Paris, plusieurs villes avaient déjà réduit la voilure pour leurs festivités de la fin d’année 2015. Lyon, par exemple, avait annulé la Fête des lumières et Nancy avait supprimé trois grandes manifestations, dont un feu d’artifice, pour la Saint-Nicolas.

Le marché des feux d’artifice en France est estimé à plus de 30 millions d’euros. Outre les difficultés liées aux annulations de spectacles, les professionnels doivent faire face aussi aux baisses de budget des collectivités.

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