Architecture : The Shed, un temple pour les arts à New York

Article réservé aux abonnés

The Shed et, à droite, l’ensemble d’escaliers Vesssel. A Hudson Yards, New York, le 3 avril.
The Shed et, à droite, l’ensemble d’escaliers Vesssel. A Hudson Yards, New York, le 3 avril. DAVID DEE DELGADO / BLOOMBERG VIA GETTY IMAGES

Prenez un bâtiment en dur, enveloppez-le d’une coque en plastique bosselée, légère et solide. Travaillez la surface jusqu’à obtention d’une teinte gris perle, élégamment nacrée, réactive aux variations du soleil. Posez la coque sur des roues et faites-la coulisser. Vous pourrez ainsi doubler votre emprise au sol. Voilà le principe, ingénieux et rigolo, du Shed, nouveau temple des arts new-yorkais inauguré vendredi 5 avril et conçu par Liz Diller, cofondatrice de l’agence Diller Scofidio + Renfro, en collaboration avec David Rockwell. « Une architecture d’infrastructure, tout en muscle, sans aucun gras », avance-t-elle, pensée dès l’origine pour accueillir des productions culturelles à cheval entre les disciplines artistiques.

Flexible à l’extérieur, ce grand container l’est aussi à l’intérieur. Les salles de spectacle, d’exposition, les studios de création et restaurants, empilés sur quatre niveaux dans le bâtiment en dur, peuvent se reconfigurer à l’envi, en fonction des besoins. Quant à l’immense volume qui se déploie lorsque la coque a coulissé, il peut aussi bien prendre la forme d’une salle de concert traditionnelle (à l’acoustique douloureuse) que d’un auvent abritant des performances en plein air, ouvert sur la ville.

Lire la rencontre : Diller Scofidio + Renfro, architectes conquérants de l’ouest de Manhattan

La ville à cet endroit, c’est Hudson Yards, nouvel ensemble de six gratte-ciel en verre bleuté plantés sur une vaste piazza construite au-dessus des rails de Pennsylvania Station, qui déchaîne un feu de critiques d’une puissance rare. L’un d’eux, celui dans lequel vient s’encastrer le Shed, a été réalisé par Diller Scofidio + Renfro.  Erigé en emblème de la frénésie spéculative qui reconfigure la skyline de l’ouest de Manhattan depuis la fin des années 2000 et en accélère la dynamique de gentrification, ce complexe de logements de luxe, de magasins de luxe, de bureaux de luxe a été qualifié par le New York Times de « gated community » (« résidence fermée »). Son architecture a été moquée, décriée comme « déjà ringarde avant d’être terminée ». Son bien-fondé est même mis en cause sur le plan économique au motif qu’aucun vrai New-Yorkais ne pourrait vivre dans un tel lieu.

Nouveau logo du quartier, le monument qui trône au milieu de la place suscite sans doute plus d’acrimonie encore que les tristes tours. Provisoirement nommé Vessel, cette vannerie d’escaliers aux reflets marron glacé enroulés sur eux-mêmes en une forme évasée ne sert à rien d’autre qu’à y grimper, pourvu qu’on ait préalablement réservé sa place sur Internet. En attendant que sorte de terre la deuxième phase du projet, sept nouvelles tours situées à l’ouest des premières, on peut y jouir d’une belle vue sur l’Hudson.

Article source: https://www.lemonde.fr/culture/article/2019/04/08/the-shed-un-nouveau-temple-pour-les-arts-new-yorkais_5447157_3246.html