Brexit : « Le prix à payer pour éviter les regrets »

Chronique. C’est l’histoire de la filiale britannique d’une grande marque européenne de voitures de sport. Longtemps ses dirigeants ne se sont pas inquiétés du Brexit. Un accord finira bien par être trouvé, se disaient-ils. Un audit interne avait été réalisé pour identifier ce qu’il fallait faire en cas de sortie de l’Union européenne sans accord, mais tout cela restait bien théorique.

Le 15 janvier, quand la Chambre des communes a rejeté en masse pour la première fois l’accord de Theresa May, « cela a déclenché un feu d’artifice en interne », nous raconte une source de l’entreprise. D’un coup, à moins de trois mois du Brexit, les plans de secours ont été actionnés, ce qui signifiait dépenser plusieurs millions d’euros.

Concrètement, il a fallu trouver un agent pour s’occuper des futurs droits de douane lors de l’importation des voitures au Royaume-Uni après le Brexit. Cela a nécessité de dépenser de l’argent pour relier son système informatique. L’entreprise a aussi fait des démarches pour s’enregistrer auprès du fisc britannique pour les droits de douane, qui s’élèveront à 10 % sur les véhicules. Cela requiert de déposer des arrhes de plusieurs millions de livres sterling.

Acheminement modifié

Par ailleurs, craignant de longues queues à la frontière, la marque, qui n’a pas d’usine au Royaume-Uni, a commencé à faire des stocks de ses voitures, ainsi que de ses pièces détachées. Mais ses entrepôts sont désormais pleins et il devient de plus en plus difficile de trouver de la place ailleurs, beaucoup d’entreprises multipliant les stocks en même temps.

Quant aux voitures exportées vers l’Irlande, l’acheminement a été modifié pour ne plus transiter par le Royaume-Uni. Le transport se fait désormais directement du continent par bateau, afin de rester à tout moment au sein de l’Union européenne. Rien de tout cela n’est particulièrement compliqué. Mais cela prend du temps et de l’argent.

Une étude réalisée auprès de 1 200 PME, publiée en janvier, indiquait que seules 26 % d’entre elles se préparaient à un « no deal »

L’exemple de ce constructeur illustre l’impossible dilemme des entreprises face au Brexit. Si elles sont prudentes, elles s’activent à tout préparer, mais cela leur coûte très cher. Or, il est possible que le Brexit soit repoussé de plusieurs mois, ou que la Chambre des communes trouve une solution dans les jours qui viennent. Dans ce cas, ces dépenses auront été inutiles.

Inversement, si les entreprises préfèrent prendre des risques, elles peuvent attendre et espérer que le Brexit sans accord sera évité. Si elles se trompent, il sera trop tard pour s’adapter.

Article source: https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/03/27/brexit-le-prix-a-payer-pour-eviter-les-regrets_5441757_3232.html