Christophe Godet, patron du commissariat, s’apprête à quitter Vierzon

Le commandant Godet revient sur ses trois années et demie à la tête du commissariat, à un mois de son départ de la seconde ville du Cher. Il quitte ses fonctions dans un contexte contrasté, marqué par une récente baisse des violences – 342 faits en 2017 contre 365 en 2016 (222 en 2013) – mais aussi une forte augmentation des cambriolages (plus 66 % entre 2014 et 2017), et la création d’un GLTD, groupe local de traitement de la délinquance, à la suite de vols et de violences dont les auteurs sont mineurs.

Quelle place a Vierzon dans votre carrière ?
Une place particulière, car j’y suis venu deux fois. La première fois en 2000, en tant que lieutenant d’investigation. J’arrivais de Paris, c’était ma première affectation en province. Je suis ensuite parti en 2005 pour prendre le grade de capitaine à Orléans, et j’y suis revenu en 2014 comme chef de circonscription. On croit qu’on part de Vierzon, mais on y revient toujours !

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« La pire des années a été 2016,  un feu d’artifice. »

En tant que policier, avez-vous perçu une évolution entre ces deux périodes ?
J’ai connu deux villes différentes. La délinquance a évolué. Elle est plus agressive, plus marquée. Avec des regroupements plus visibles en centre-ville. La nature ayant horreur du vide, la délinquance s’est réimplantée là où il n’y avait plus personne. Le premier jour où je suis arrivé comme commandant, j’ai eu droit aux émeutes entre les communautés des gens du voyage et antillaise. Ça m’a mis tout de suite dans le bain, je n’ai pas eu de round d’observation !

Entre 2014 et aujourd’hui, avez-vous également observé des changements ?
Je n’ai pas vu le temps passer ! La pire des années a été 2016, un feu d’artifice, après une sorte de montée en puissance. Depuis, des décisions ont été prises et on reprend la main.

Était-ce un nombre de faits plus importants, plus violent  ?
Oui, comme des courses-poursuites, lors d’interpellations de gens du voyage appartenant à une famille bien connue. Rien qu’en juin 2016, sur dix incarcérations, j’ai eu trois policiers blessés et deux voitures cassées. En début d’année, deux établissements ont aussi subi des coups de feu.

La délinquance à Vierzon sous surveillance

Vos premiers résultats à ce poste ?
L’une des priorités était de s’occuper du trafic de stupéfiants sur les lycées. La première affaire a été le démantèlement d’un réseau d’approvisionnement à Édouard-Vaillant. Une maison se trouvait à l’entrée du lycée et abritait du deal. Ça a été réglé fin janvier 2015.

Quelle est l’affaire qui vous a le plus marqué en trois ans et demi ?
C’était fin 2015, trois jours après les attentats du Bataclan. J’ai été réveillé en pleine nuit pour des coups de feu à Tunnel-Château. On était en plein contexte terroriste. C’était fou ! Ça a déclenché un déploiement de forces impressionnant. Au final, les enquêteurs ont trouvé des restes de pétard. Et, avec des recoupements, nous avons identifié celui qui les avait jetés. Il avait appelé lui-même la police pour dire qu’il y avait une attaque terroriste. Mais ça avait créé une psychose. Les réseaux sociaux se sont enflammés. C’est là que je me suis aperçu de leur influence. Toute la matinée, il a fallu éteindre l’incendie.

Détonations à Tunnel-Château dans la nuit : ce n’étaient que des pétards

Depuis votre arrivée, Vierzon s’est équipée de caméras de vidéoprotection en ville. Quel est votre avis sur cet équipement ?
C’est un plus pour nous. Il nous a permis des élucidations rapides d’affaires. Je pense à l’agression d’un couple de personnes âgées, rue Joffre (en novembre 2016, NDLR), à l’agression d’une personne au jardin de l’Abbaye (en septembre 2017, NDLR). Pour autant, il ne faut pas oublier que nous n’avons pas la main. Les caméras sont installées par la municipalité et on ne nous communique les images que sur réquisition du procureur. Ce n’est pas 1984, de George Orwell ! Nous nous en servons comme d’outil d’investigation.

Vingt-trois nouvelles caméras de vidéo-protection sont prévues à Vierzon

Comment jugez-vous la situation vierzonnaise, aujourd’hui ?
Une grande majorité des faits de délinquance était commise par des mineurs, des gamins de 15 ou 16 ans. À l’heure actuelle, nous en avons incarcéré beaucoup. À force de les interpeller, une réponse pénale adaptée est arrivée. Ils sont maintenant en maison d’arrêt et ça a eu un impact. Tout cela fait que ce début 2018 est beaucoup plus calme. Il y a moins de faits de violences.

Le groupe local de traitement de la délinquance (GLTD) mis en place en septembre dernier a-t-il, lui aussi, changé les choses ?
Oui. Sous l’autorité du procureur, il a permis de prendre en compte les spécificités vierzonnaises, comme la délinquance des mineurs. Nos missions restent les mêmes, mais le GLTD a accentué notre démarche, en permettant des opérations ponctuelles de contrôle d’identité et de fouilles bien ciblées, dans des endroits précis comme la rue Victor-Hugo, où se trouvaient des regroupements d’individus qui n’étaient pas désirés. La dernière belle opération était le bar Oasis, avec la découverte de stupéfiants. Ça a apporté une vraie réponse sur ce quartier.

Face aux violences, un groupe de traitement de la délinquance créé à Vierzon

Quel est votre regard sur Vierzon, au-delà de l’aspect sécurité ?
C’est une ville qui en vaut la peine. Elle mérite mieux. De très belles choses ont été mises en place, comme les travaux engagés en ville, qui ne peuvent que la tirer vers le haut. Elle a toutes les qualités pour rebondir. Il faut se donner les moyens, c’est l’effort de tous. 

Vincent Michel   Pierrick Delobelle
redactionvierzon.berry@centrefrance.com

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