« Compromis », que sont les amis devenus ?

passion(s), par Jean-Claude Raspiengeas.

Et voilà maintenant Philippe Claudel, romancier, cinéaste, membre de l’Académie Goncourt, en auteur comblé qui triomphe sur le boulevard du crime. Le Théâtre des Nouveautés qui programme sa pièce affiche complet tous les soirs.

Mai 1981. Denis (Pierre Arditi, impérial), acteur sur le retour, divorcé, amer et cynique, attend l’acheteur qui doit signer le compromis de vente de son appartement. Il a fait venir Martin (Michel Leeb), l’un de ses vieux amis, auteur de théâtre jamais joué, romancier jamais publié, pour qu’il rassure, par sa seule présence, le visiteur du soir. Après avoir souhaité de concert la défaite de Giscard et l’avènement d’un nouveau régime où se placer, sans être dupe du lyrisme ambiant, leur très ancienne complicité commence à se craqueler. Elle prend un tour aigre-doux, avec des répliques cinglantes. Chacun jette à l’autre la somme de ses échecs et de son absence de talent.

L’ambiance est tendue quand rapplique l’acheteur (Stéphane Pézerat, sensationnel, la révélation de cette pièce), passe-muraille en imperméable, silhouette banale, qui se retrouve, malgré lui, entre ces deux cabots ratés qui se griffent, sans égard pour lui. Les phrases acides volent par-dessus la tête de ce quidam qui d’abord se délecte d’être à pareil spectacle avant de redouter, non sans raison, d’en faire les frais.

Philippe Claudel ne cesse de nourrir de sa noirceur ironique ce feu d’artifice de quiproquos, d’intrigues psychologiques, de renversements de situation, de dialogues crépitants, auquel le public qui rit beaucoup assure le succès de ses effets. Et si le vrai compromis était celui de l’amitié ?

Article source: https://www.la-croix.com/Culture/Theatre/Compromis-sont-amis-devenus-2019-02-22-1201004400