Flashback : 2015, feu d’artifice à Twickenham – 6 Nations 2018 …

Un contexte tendu

Le mandat de Philippe Saint- André touche à sa fin et le bilan à la fois comptable et dans le contenu n’est pas bon. Le pire est à craindre face à XV de la Rose qui doit gagner avec la manière pour s’assurer le gain du Tournoi et faire le plein de confiance avant son Mondial. « On était à la veille de la Coupe du Monde en Angleterre et on avait tous à cœur de faire un très gros match car il y avait aussi un ticket pour cette compétition à la clé. L’Équipe de France était beaucoup critiquée sur le fait qu’elle jouait mal et la période était compliquée mais on a décidé de se lâcher. On se faisait déjà tirer dessus de tous les côtés donc on n’avait pas grand-chose à perdre. On s’est dit : « au moins, faisons-nous plaisir, tentons de donner du plaisir aux gens et ne sortons pas de ce match frustrés de ne pas avoir joué ni tenté comme cela avait été le cas sur d’autres rencontres ».

James Haskell (Angleterre) vs France 2015

James Haskell (Angleterre) vs France 2015Icon Sport

Une entame cauchemardesque suivie d’une belle réaction

Un état d’esprit conquérant mais soumis à rude épreuve avec un premier essai anglais de Ben Youngs dès la deuxième minute de jeu. Mais comme promis, les Bleus se lâchent. Un plaquage destructeur d’Alexandre Flanquart offre un ballon de contre victorieux à Sébastien Tillous-Borde. Puis Noa Nakaitaci aplatit quatre minutes plus tard, à l’extrême limite de l’en-but, et doit attendre la vérification à la vidéo et plusieurs ralentis pour le sauver de sa petite absence. « Sur le moment, on attend et on est un peu en colère car on se dit qu’on ne peut pas s’offrir le luxe de ne pas marquer des essais quand l’occasion se présente. Noa ne faisait pas le fier. Il a d’ailleurs été beaucoup chambré sur cette action après-coup et il ne l’a plus jamais refait »

Essai de Sebastien Tillous Borde (France) contre l'Angleterre le 21/03/2015

Essai de Sebastien Tillous Borde (France) contre l’Angleterre le 21/03/2015Icon Sport

Du jeu, encore du jeu

À la demi-heure de jeu, les Anglais réagissent en plantant un essai suite à un turnover dans le camp français, conclu quatorze secondes plus tard par Anthony Watson. Ils prennent alors le score pour ne plus jamais le rendre. Sur le rectangle vert, le rythme est infernal : « On avait besoin d’exister et d’enfin sortir de cette sinistrose où on n’osait rien et eux avaient besoin de scorer. Cela allait vite de tous les côtés. Leur demi de mêlée fait un très gros match et derrière, ils allaient tous à dix mille. L’impression de vitesse chez leurs trois-quarts était stupéfiante »

Essai de Ben Youngs (Angleterre) contre la France le 21/03/2015

Essai de Ben Youngs (Angleterre) contre la France le 21/03/2015Icon Sport

Les deux équipes rentrent à la pause sur le score de 27-15 : « Dans le vestiaire, on y croit. On sait que ce sera dur mais on se dit que si on se resserre un peu en défense et qu’on maintient notre volonté d’attaquer, on peut faire quelque chose ». Le début de seconde période est prometteur avec un troisième essai français de Maxime Mermoz mais les Anglais accélèrent encore sous l’impulsion d’un gigantesque Ben Youngs et répondent par deux essais. Le trou est fait.

Debaty met l’essai de sa vie

Le score est de 41-25 quand arrive l’heure de jeu. Le XV de la Rose est à quatorze et les Bleus décident de relancer depuis leurs 22 mètres : « L’action part de loin, beaucoup de joueurs touchent le ballon, Noa perce, je suis au soutien et j’ai du cul. Je connaissais bien Noa qui était mon coéquipier à Clermont, je savais qu’il pouvait faire des différences individuelles et aussi des passes impossibles après contact. Je me suis dit que si jamais il ne me la donnait pas, au moins je serais là au soutien. Cela aurait été quand même con de perdre le ballon après 80 mètres de course ! Quand je marque, je suis mort, d’autant plus que cela faisait déjà quelques minutes que je m’accrochais et piochait dans la réserve. C’est mon seul essai en Équipe de France, il est à Twickenham et l’action est magnifique donc il aura à vie une place particulière pour moi. Après ça, les gens me reconnaissaient un peu dans la rue ! »

Vincent Debaty (France) contre l'Angleterre le 21/03/2015

Vincent Debaty (France) contre l’Angleterre le 21/03/2015Icon Sport

Une étincelle sans suite

L’Équipe de France s’incline au final lourdement (55-35) mais en ayant montré des choses qu’elle n’avait jamais montré ou presque en quatre ans. « On était dégouté dans le vestiaire car on venait quand même de prendre une grosse branlée. On terminait un Tournoi catastrophique et des bruits disaient que Philippe Saint-André allait se faire virer. Mais ce match-là nous a redonné un peu confiance dans le sens où on a vu que si on jouait et qu’on tentait, on pouvait être dangereux comme tous les autres. On voyait enfin un peu de positif. Les gens nous disaient qu’ils étaient contents car c’était la seule fois qu’ils avaient pris du plaisir en nous regardant. Cela nous a encouragé pour la suite ». Mais ce vent de fraîcheur né un soir de « Crunch » est resté à l’état de promesse, avec le fiasco que l’on sait six mois plus tard à la Coupe du Monde.

Article source: https://www.rugbyrama.fr/rugby/6-nations/2018/flashback-2015-feu-dartifice-a-twickenham_sto6666482/story.shtml