Football: Yoann Riou: «La Suisse, pour nous, c’est une bouffée d …

Yoann Riou. Chez quelques-uns, comme le soussigné, le nom n’est pas nouveau. Il renvoie à une flopée d’articles, souvent bien sentis, dans L’Equipe et France Football ces douze dernières années. D’autres, en revanche, n’ont appris à connaître le personnage que ces derniers mois, au fil de ses interventions les plus déroutantes et désopilantes sur la chaîne L’Equipe ou de ses tweets qui fleurent bon l’amour du jeu. Il faut dire qu’en plateau comme sur le web, le presque quadragénaire breton sait faire vivre le football comme personne. Il a la passion chevillée au cœur et au corps. Le mot et le verbe justes. La verve juste, aussi.

Riou, c’est en quelque sorte l’anti-Pierre Ménès. Lui ne détruit pas, mais encense. Avec pertinence. Plus que tout, il aime le ballon rond, déteste les polémiques et ne se gêne pas de décortiquer l’actualité du football sous toutes ses formes. Avec le souci du détail, comme lorsqu’il nous demande quelques minutes de plus pour se pencher sur les sujets qu’on s’apprête à lui soumettre. Bref, avec le souci des choses bien faites et bien dites.

Yoann Riou, devenu bien malgré lui star des réseaux sociaux, ne manque donc pas, ici, de faire un petit tour du monde en ballon, du Panama jusqu’en Suisse, tout en passant par l’Argentine, les «Bleus» ou encore par Nice. Il faut lire les confidences de cet ancien junior de l’En Avant de Guingamp pour comprendre que dans son cœur s’est niché le football. Et que ceux qui pourraient encore en douter ne manquent pas la soirée de folie du 5 décembre prochain, lorsque le journaliste s’invitera chez un… téléspectateur pour commenter en direct le match Bayern de Munich-Paris Saint-Germain – le concours pour être celui-ci est d’ailleurs toujours ouvert.

– Yoann Riou, la France est qualifiée pour la Coupe du monde, mais on imagine que ce n’est pas la plus grande émotion vécue la semaine dernière…

– Non, mais nous sommes en Coupe du monde. Et ça, c’est la plus belle agence de voyages possible, car à travers les ondes, à travers la TV, à travers les articles, tout un pays sera en Russie. J’espère d’ailleurs que vous aussi, les Suisses, aurez cette chance, car vivre une Coupe du monde, cet événement majestueux qui n’a lieu que tous les quatre ans, c’est merveilleux. Cela fait partie de nos rêves d’enfant. C’est fabuleux d’y être.

Un rêve qui s’est concrétisé pour des pays qui attendaient cela depuis longtemps…
Ah oui! Et voir la joie du Panama, de l’Egypte, de l’Islande, mais aussi celle du Costa Rica qui se qualifie à la dernière minute contre le Honduras est extraordinaire. Entendre les commentaires, la folie, ce n’est que du bonheur. Suivre le dénouement de la Zone Amsud était dingue avec l’Argentine virtuellement éliminée, le Chili sorti alors qu’on le croyait capable de passer, etc… Bref, comment voulez-vous être blasés quand vous aimez le football? On vit une émotion toutes les trois minutes! Et dire qu’il y a encore des barrages à vivre, mais aussi une sorte de finale dans la Zone Afrique entre la Côte d’Ivoire et le Maroc… Ça va être fou!

– La France sera présente l’été prochain, mais on a tout de même l’impression que le «Deschamps-bashing» monte en puissance et on s’en étonne…

– Je ne crois pas que cela soit le cas. A mon avis, les gens n’ont rien contre Didier Deschamps, mais sans doute aimeraient-ils que le football des «Bleus» soit plus offensif, plus fluide. Que la France soit plus belle! C’est notre côté romantique, nous sommes exigeants. Certainement car avec les atouts qu’elle possède, on se doute bien que cette sélection peut nous proposer autre chose, qu’elle peut prétendre à plus, à mieux. Mais en se qualifiant, Griezmann et Cie se sont donnés du temps et je suis persuadé que les automatismes se mettront en place d’ici à l’été prochain. Avec Dembele, Lemar, Mbappe et tous les autres, on aura une sacrée équipe. Le rêve est en marche.

– Vous allez bien entendu suivre les barrages de la Coupe du monde. Croyez-vous en l’équipe de Suisse?

– Mais bien sûr! Attendez: il y a une semaine vous aviez neuf matches, neuf victoires! Comment ne pas croire en une équipe capable de faire ça? Vous aviez une finale à gagner, vous ne l’avez pas fait, mais il en reste deux et empocher le billet pour la Russie est plus que jamais envisageable. Pour moi, ce que réalisent les Suisses est extraordinaire. Ce si petit pays est une bouffée d’oxygène pour nous, un exemple aussi en termes de multi culturalité. La sélection a su intégrer ses segundos et les faire cohabiter pour que l’équipe tourne bien. Elle est qui plus est dirigée par Vladimir Petkovic, lequel a longtemps bossé dans le social. L’harmonie que se dégage de ce groupe est belle à voir. C’est une jolie histoire.

– Que vous inspire l’équipe de Suisse, justement?

– Pour moi, c’est un peu la grande malheureuse des gros matches, mais aussi paradoxalement celle qui a offert des émotions dingues à ses supporters ces dernières années. 2006, elle va aux tirs au but contre l’Ukraine, voit Shevchenko rater son essai et tout le monde se dit alors qu’elle va passer. Puis non. 2010, elle tape l’Espagne, mais finit par ne pas se qualifier pour les 8es de finale. 2014, elle perd à la 118e minute contre l’Argentine de Di Maria, non sans toucher droit derrière le poteau. 2016, elle s’incline encore aux tirs au but, mais contre la Pologne, alors que Shaqiri avait inscrit le plus beau but du tournoi… Vous êtes passés par tous les états d’âme; le stress, la foi, l’envie, les songes, la déception… Mais bon, vous ne pouvez pas tout avoir non plus, vous avez déjà Federer et Wawrinka!

– Et Lucien Favre!

– Alors lui, je l’adore. D’ailleurs, si vous avez d’autres pépites sous la main, n’hésitez pas à nous les envoyer! Favre est exemplaire. Il est élégant. Jamais il ne prononce un mot plus haut que l’autre. Je le trouve digne, honnête, bienveillant. Il diffuse de bonnes ondes; pour tout dire, j’ai l’impression que ce mec ne connaît pas le mal! Il est extra en interviews et il délivre son savoir avec humilité. Il rend le football intelligible. Ce qu’il a fait avec Nice est extraordinaire. Non seulement, Lucien Favre sait construire une équipe, mais c’est surtout un coach qui sait faire évoluer concrètement ses joueurs. Prenez les Wylan Cyprien, Dalbert, Valentin Eysseric, Ricardo Pereira, Malang Sarr ou Jean-Michaël Seri! Et aujourd’hui, même dans les moments difficiles, Favre n’en rajoute pas. Avec lui, Nice est une machine à émotions, qui a simplement eu le malheur de tomber sur Naples en play-off de la Ligue des champions.

– La Ligue 1 est d’ailleurs en pleine mutation grâce à son apport et à celui des autres coaches étrangers…

– Oui, tous ces techniciens boostent notre championnat, qui est par moments devenu un spectacle pyrotechnique. On doit beaucoup à Favre, Ranieri, Jardim, Bielsa ou encore Conceiçao, lequel est certes reparti depuis. Avec la Ligue 1, on vit désormais un «kiff» chaque week-end. Rien que ces trois derniers jours, entre le 3-2 de Lyon contre Monaco, le football offensif proposé par un Dijon malheureux contre le PSG ou le Strasbourg-OM de dimanche soir avec des Alsaciens qui ont «mordu» dans les jambes adverses, cela a été un spectacle total. On est en plein appel d’air, avec du spectacle qui vient de partout. Il y a 100 000 trucs positifs à la seconde. C’est l’état de grâce permanent.

– Vous planez?

– Un peu oui, je suis à bloc (rires). Non, mais franchement, notre regard a changé. Cette incroyable Ligue 1, finalement, c’est la copine que tu as depuis vingt ans et dont tu te rends compte, un beau jour, que c’est la femme que tu devrais épouser (il se marre). Alors oui, tu as aimé les Barcelonaises, les Milanaises, les Turinoises ou les Londoniennes, mais en fait la femme de ta vie était à côté! Tu n’as plus besoin d’aller en Erasmus pour la trouver…

– Pour en revenir à la Suisse, avez-vous suivi l’affaire Christian Constantin?

– Oui, bien sûr. Et je me demande si, finalement, sa suspension de 14 mois n’est peut-être pas la plus belle chose qui pouvait arriver au FC Sion? Il ne sera plus dans les tribunes, plus dans les vestiaires… Les joueurs et l’entraîneur pourront ainsi souffler, se responsabiliser. Cela va peut-être apporter un peu de sérénité à cette équipe. Plus loin, même si le personnage est haut en couleur, je ne comprends pas comment il est possible de faire ce qu’il a fait, d’aller frapper un consultant. Pour moi, c’est inconcevable! Avec son expérience, avec ce qu’il représente, avec ce qu’il est, il ne devrait pas en arriver là. Le pire, c’est qu’il l’assume pleinement dans ses déclarations. Il ne regrette rien. Alors là, les bras m’en tombent. Même en classe primaire, on ne faisait pas ce qu’il a fait! Il s’agit purement et simplement d’une agression physique. On va s’arrêter où? Quelle est la prochaine étape? A la réflexion, je me dis qu’entre Constantin, les vieilles affaires du Servette FC, Marc Roger ou encore Neuchâtel Xamax, vous avez un football un peu dingue (rires)…

– Vous qui parlez souvent d’émotions, quelle a justement été votre plus belle émotion de l’année au niveau foot?

– Manchester City-AS Monaco, le match aller des 8es de finale de Ligue des champions (5-3). Ça avait beau être une défaite d’un club français, c’était divin. Un match de folie, une orgie! Ce genre de moments où tu vois qu’il y avait une tactique mise en place mais qu’elle a volé en éclats, car il y avait trop de génies sur le terrain. Tous ont mis leur cœur, ont fait don d’eux-mêmes pendant ce match. Ce soir-là, il y a eu de l’insouciance, de l’inconscience. C’était simplement beau, avec un Falcao extraordinaire.

– C’est le genre de moments que vous espérez revivre, notamment le 5 décembre, lors de cette opération qui vous verra commenter (avec Raphaël Sebaoun) un match directement depuis le salon d’un téléspectateur…

– Oui, bien sûr! Ce sera de toute façon génial à vivre, un bonheur. Pour nous, à la chaîne L’Equipe, c’est simplement le conte de fées qui continue. Avec nos commentaires de matches (ndlr: la seule image que les téléspectateurs peuvent voir est celle du duo de commentateurs), on vit un miracle. Je ne pensais pas que les gens répondraient pareillement. Cette saison, on a redémarré tambour battant. Et comme on doit notre réussite aux téléspectateurs, il me paraît naturel de leur rendre ça, en allant aussi à leur rencontre. Ça va être sympa à vivre! (TDG)

Créé: 16.10.2017, 17h09

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