Gilets jaunes : le pompier du Val-d’Oise soupçonné d’être un black bloc condamné

Soupçonné d’être un black bloc, un pompier du Val-d’Oise arrêté en marge de la mobilisation des Gilets jaunes samedi 20 avril a pour sa part toujours nié les faits. Le soldat du feu, qui ferait partie des sapeurs-pompiers de la caserne de Persan, une commune située au nord-est de Pontoise, a été interpellé avec des cocktails Molotov et des feux d’artifice lors de l’acte XXIII des Gilets jaunes. Des objets qui laissent penser à une possible affiliation de l’individu aux black blocs. Le pompier du Val-d’Oise a finalement été condamné mardi 23 avril à dix mois d’emprisonnement avec sursis. Trois autres hommes arrêtés avec lui ont écopé de peines allant de huit à dix mois avec sursis, là où le parquet réclamait un an avec sursis pour la plupart d’entre eux.

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Samedi vers 10 h 30, ils avaient tous été interpellés dans une boulangerie du 10e arrondissement de Paris, où se trouvait un sac siglé « sapeurs-pompiers Persan », une ville du Val-d’Oise, ainsi qu’un arsenal pyrotechnique : une bombe aérosol lacrymogène, des cocktails Molotov, plusieurs briquets, 17 fumigènes et divers pétards et feux d’artifice. Le sac contenait également une banderole « I’m black bloc, don’t panic, sauf si t’es flic ».

Dès samedi soir, le service départemental d’incendie et de secours du Val-d’Oise avait pour sa part annoncé dans un post publié sur Facebook que « des mesures conservatoires visant à interdire (le pompier en question, NDLR) de prendre des gardes [avaient] d’ores et déjà été prises dans l’attente des résultats de l’enquête ». Le Sdis 95 avait par ailleurs profité de l’occasion pour annoncer qu’il allait se porter « partie civile ». « Si les faits sont confirmés, la sanction la plus lourde sera demandée auprès du conseil de discipline envers cet agent qui n’a plus sa place chez les sapeurs-pompiers dès lors qu’il a transporté des engins incendiaires lors d’une manifestation. »

« Je n’ai pas réfléchi »

Devant le tribunal à Paris, les prévenus ont présenté la même version : alors que la police s’apprête à encercler des manifestants samedi, l’un d’entre eux accepte dans la précipitation un sac de la part d’un inconnu, sans savoir ce qu’il contient. « Je n’ai pas réfléchi », a dit l’un d’eux, commercial de 31 ans dans une entreprise de sécurité, expliquant avoir agi « par solidarité ».

Sur la vidéosurveillance de la boulangerie, on voit cet homme déposer le sac à l’étage, redescendre, puis revenir avec le pompier et les autres prévenus. Agités, ils semblent avoir une altercation. « On est en colère contre lui [le commercial], car il a pris un sac sans savoir ce qu’il y avait dedans », s’est justifié le pompier professionnel, en précisant que son unité, localisée à Osny, « n’a pas ce genre de sacs ».

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Habits noirs et feux d’artifice

Sentant « une odeur d’hydrocarbure », il souhaite vérifier le contenu du sac et « avertir le gérant de la boulangerie », mais la police interpelle le groupe au même moment. Les policiers auraient ensuite déballé le sac et « mélangé » le contenu avec leurs effets personnels issus de leurs propres sacs, dont certains habits noirs, selon les prévenus.

« C’est une thèse que je ne comprends absolument pas », a fustigé la procureure, en rappelant que ce pompier a déjà été condamné pour « transports d’artifices non détonants ». Pour elle, les prévenus « ont agi de concert » et voulaient « se vêtir comme des black blocs pour allumer des pétards, des feux d’artifice, ou créer des incendies beaucoup plus violents ».

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Une « adhésion à la violence »

Supporteurs du PSG, ils ont également des photos sur leurs téléphones montrant des « ultras » en train d’utiliser des fumigènes ou un black bloc habillé en noir. Le signe d’une certaine « adhésion à la violence », selon elle. « Quel rapport entre les photos et le contenu du sac  ? » s’est indignée la défense. L’avocate du pompier, Me Lucie Simon, a dénoncé « une fouille faite n’importe comment », dont les photos ont été rapidement diffusées par un syndicat policier. Son client « n’avait pas d’essence sur les mains » et aucune recherche d’empreintes n’a été faite sur le sac, a-t-elle déploré.

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