Le nouvel an en Argentine : canicule, viandes grillées et coupures d’électricité

Voilà une quinzaine de jours que le thermomètre avoisine les 40 degrés en Argentine. La chaleur de l’été austral, le plus cuisant depuis cent ans, enveloppe donc particulièrement ce réveillon du nouvel an. Air conditionné et ventilateurs tournent à plein régime. Comme de coutume, les infrastructures énergétiques du pays sud-américain ne supportent pas une telle consommation. « T’as de la lumière ? » est la question sur toutes les lèvres des porteños, les habitants de Buenos Aires. La moitié d’entre eux sont sans électricité. Un feu rouge sur deux fonctionne dans la capitale. Pour protester contre les coupures de courant, les porteños bloquent avec des pneus et des poubelles les principales artères et autoroutes de la capitale argentine tout en frappant sur leurs casseroles.

Mais ni la canicule, ni les embouteillages, ni les manifestations n’empêcheront les Argentins de fêter Año Nuevo comme il se doit. C’est-à-dire avec un bon asado (barbecue). Vers 22 heures, des milliers de feux de charbon s’allumeront partout dans le pays. Au-dessus des braises, les grilles des barbecues accueilleront les morceaux préférés des Argentins : travers de boeuf (asado), vacio (viande de boeuf filandreuse) et mollejas (ris de veau). Avec environ soixante kilos de viande ingurgités par personne chaque année, les Argentins restent parmi les plus gros consommateurs de viande au monde.

Abrazos et feux d’artifice

La cuisson diffère largement des habitudes françaises. En général, la viande se dévore a punto (« à point »), et non jugosa (« saignante »). L’art consiste dans sa cuisson lente. Il faut bien répartir la chaleur du feu, à l’aide d’un mélangeur de braises. Une fois obtenue la température idéale, il faut saler et étaler les pièces de viande selon un ordre précis : d’abord les chorizos (saucisses) et les morcillas (boudins noirs), puis les pièces de boeuf. On remercie le chef cuistot en charge du barbecue par un applaudissement collectif. Pour patienter, les Argentins aiment siroter un bon malbec en provenance de la région de Mendoza, cépage de Cahors devenu l’emblème du vin argentin. Quand il s’agit de trinquer à minuit, le champagne reste parfois moins populaire qu’un Fernet. C’est la boisson amère préférée de la jeunesse argentine. Ce mélange d’herbes (gentiane, rhubarbe, camomille…) qu’on surnomme en France « la boisson du lendemain » se consomme dilué avec du coca et accompagné de glaçons qui produisent la mousse du cocktail. Gare à son amertume !

À minuit, on s’embrasse et on se donne de fortes accolades (appelés abrazos) et on lance les feux d’artifice. Les douze coups se noient ainsi dans un tonnerre de . Les descendants d’Espagnols poursuivent la tradition de manger douze raisins pour stimuler leurs chances pour la nouvelle année qui commence. Les immigrés italiens, eux, dégustent un vitel tonné, viande de veau assaisonnée à la mayonnaise et au thon à l’huile d’olive.

Une petite culotte rose

Du côté vestimentaire, les Argentins aiment se mettre sur leur 31. Mais vu l’été, shorts et tongs sont aussi de la partie, d’autant que beaucoup fêtent le nouvel an sur les plages de la côte argentine, notamment Mar del Plata et Villa Gesell. Les femmes, elles, portent une petite culotte… rose ! Rose, car synonyme de chance, de prospérité et de fertilité pour l’année qui commence.

Sur le front politique, l’année 2013 se termine dans un climat très tendu en Argentine. Les récents saccages de supermarchés ont coïncidé avec les grèves des policiers qui réclamaient une augmentation salariale. Les coupures d’électricité ont attisé la colère des Argentins et de leurs politiques. Du coup, bien que les grandes vacances d’été viennent de commencer jusqu’à la rentrée scolaire de mars (équivalent du mois de septembre en France), aucune trêve estivale n’est en vue.

La présidente péroniste Cristina Kirchner vient d’annoncer qu’elle ne cherchera pas un autre mandat en 2015. À la suite du chaos énergétique, son gouvernement menace les principaux distributeurs d’électricité de la ville et son agglomération de leur retirer leur concession. Les Argentins affichent leur ras-le-bol. L’annonce d’une augmentation de 66 % du ticket de bus dès le 1er janvier n’arrangera rien. Au contraire.

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