L’opéra et le DVD

En fait d’opéra, le DVD a définitivement supplanté le CD. Il offre l’apport essentiel d’un visuel désormais bien filmé, l’attrait de capter l’énergie de la représentation et la capacité de réunir des distributions que n’autoriseraient pas le disque et ses contrats d’exclusivité. L’offre est donc devenue très abondante et domine donc de très haut la production audio qui se cantonne souvent dans des raretés. C’est dans cette manne gigantesque que nous allons tenter de sélectionner quelques perles récentes.

Rossini à Pesaro

La référence est solide : elle se confirme dans trois productions très diversifiées. Adelaïde di Borgogna fait triompher deux révélations de l’institution, la mezzo Daniela Barcellona et la soprano Jessica Pratt dans une mise en scène très décorative de Pier’Alli qui sied bien à cette fresque historique. Ciro in Babilonia est moins réussi et le choix de Davide Livermore de le monter avec des effets grossis par la projection – une video filmée live dans le style du cinéma muet – tient un peu trop du grand guignol. C’est d’autant plus dommage que les dames, la dévorante Eva Podles et, à nouveau, l’élégante Jessica Pratt, nous offrent de biens beaux moments. On atteint le chef-d’œuvre avec Matilda di Shabran, l’œuvre qui révéla Juan Diego Florez en 1996. Mario Martone monte dans un rythme frénétique cette histoire de la séduction d’un rustre misogyne par une délicieuse Française. L’opéra fut repris en 2004 avec une éblouissante Annick Massis et enregistré pour le CD par Decca. Le même éditeur nous offre aujourd’hui le DVD de la reprise de 2013 dominée par la soprano Olga Peretyatko, dont la fait jeu égal avec l’inégalable Florez. Le tout entouré par une distribution sans faille dirigée de main de maître par le chef qui monte au firmament de l’opéra italien, Michele

Mariotti, dont le dynamisme, le sens des couleurs et la versatilité font des miracles.

 

De Covent Garden à la Monnaie

La scène londonienne est elle aussi un partenaire régulier de l’audio-visuel. Elle nous offre deux grands moments de l’opéra français. Des Troyens, à la fois grandioses et poignants de David McVicar : un travail d’une redoutable lisibilité, même si le récit est transposé dans un royaume du XIXe siècle (l’Angleterre ?). On retrouve avec le même bonheur l’immense Cassandre d’Anna-Caterina Antonacci, déjà obsédante chez Gardiner. Mais on salue la Didon souveraine mais sensuelle d’Eva-Maria Westbroek et la révélation de l’Enée ardent de Bryan Hymel. Et puis surtout, il y a la direction enflammée de Pappano, qui restitue à cette immense fresque sa dimension d’épopée.

On reste dans le grand répertoire romantique avec un Robert le Diable savoureusement gothique, confié à Laurent Pelly. La direction de Daniel Oren a plus de soin que de flamme, mais la scène londonienne aligne une remarquable distribution (Ciofi, Relyea, Popvaskaya et à nouveau Hymel) et la production se paie un clin d’œil coquin, qui évoque parfois le monde de la BD. Voilà un Meyerbeer, spectaculaire à souhait et joyeusement percutant sans atteindre le niveau des Huguenots bruxellois.

On arrive à Bruxelles avec le fascinant Parsifal que Romeo Castellucci signa à la Monnaie en 2011. Les camouflages dans la forêt de l’acte 1 n’égalent pas notre souvenir. Les scènes sadomasochistes du royaume de Klingsor conservent leur distanciation provocante et la longue vision du peuple en marche du 3e acte reste saisissante. Vocalement, la distribution (Richards, Larsson, Mayer, Tómasson) tient la distance, l’orchestre de Hänchen demeurant, lui, quelque peu en retrait.

On terminera par une création : celle du Perfect American de Philip Glass, sorte de flash-back de la vie de Walt Disney à partir de ses derniers jours. Le personnage, très conservateur et plutôt dictateur, n’est pas des plus sympathiques mais le récit est percutant. L’opéra avait été commandé par Gerard Mortier pour le NYCity Opera et finalement créé en janvier dernier à Madrid. Une musique envoûtante, une écriture très lyrique pour les chanteurs, une mise en scène de Phelim McDermott qui cumule belles images et scènes mouvementées : l’œuvre s’écoute d’un bout à l’autre avec un évident plaisir, servie par des interprètes très impliqués.

Article source: http://www.lesoir.be/387596/article/culture/musiques/2013-12-24/l-opera-et-dvd