[#MP2018] En cette année enflammée, embrassez qui vous voudrez

L’affiche annonçant la fête d’ouverture de MP 2018 qui tapisse les murs de la ville depuis quelques jours – elle représente de goulues embrassades – laissait présager une soupe de langues XXL sur le Vieux-Port. Qu’ils soient fins bécotteurs ou rustres galocheurs, quelques milliers d’amoureux marseillais se sont donnés rendez-vous hier soir pour assister au fameux « Grand Baiser ». Activement, pensaient sûrement les membres du collectif du Groupe F qui se chargeaient du spectacle feu, son et lumière. Une festivité inaugurale afin de lancer sept mois de propositions culturelles dans le département. Et une idée inspirée par le cliché Le baiser de l’hôtel de Ville réalisé par Robert Doisneau en 1950. Bien plus d’un demi siècle après, la prise de bouche parisienne a laissé place, sur les quais de la Fraternité et des Belges, à de timides bisous de rascasse. « Dès que vous entendrez les chants de rossignol, laissez-vous allez au grand baiser », avertit en amont un maître de cérémonie. Un rituel répété à cinq reprises tout au long du spectacle pyrotechnique d’une quarantaine de minutes. Les premiers gazouillis ne semblent offrir que quelques baisers dans l’assistance. Pudeur de gazelle phocéenne ou attitude réfractaire à la marseillaise ? Les avis divergent. Couple d’une petite vingtaine d’années, Clara et Nabil ne s’exécutent pas, à l’instar d’une partie du public.

« C’est moi qui décide quand je t’embrasse », dit ce dernier à sa copine. Non loin, un groupe d’amis quadra s’interroge : « Je vais quand même pas te rouler un patin », s’exclame l’un d’eux à son collègue.

 

Clara et Nabil, Jean-Claude et Renaud

Alors qu’une grande barge installée au milieu du Vieux-Port accueille des acrobates en habits de lumière munis des torches, la magie commence à opérer. Le feu d’artifice fait son effet et suscite quelques exclamations. Les smartphones s’agitent, quelques flash crépitent. Le son d’accordéons qui accompagne les prises de parole du MC du Vieux-Port donne à la soirée de foraines allures. La grue s’enflamme. Sans se mettre à son diapason pour autant, le public dégage une douce langueur imprégnant l’atmosphère.  Quatre années et demi après la clôture de l’année capitale européenne de la culture de 2013, les mêmes recettes fastueuses masquent toujours les réalités plus complexes d’une politique culturelle très imparfaite.
Symbole de cette sclérose depuis des décennies à Marseille, le vieux couple Muselier-Gaudin qui bat aujourd’hui de l’aile assiste au spectacle en bordure de quai. Le président de la Région se disait, un peu plus tôt dans l’après-midi, « impatient du baiser de l’Hôtel de Ville avec Jean-Claude. A côté de celui de Doisneau, ce n’est rien », promettait-il.
Au cinquième et dernier chant du rossignol, Nabil se gausse quant à lui et taquine sa compagne : « Allez embrasse-moi payotte. » Elle s’exécute. Vous avez dit soupe de langues ?

P.A.

 

 

Article source: http://www.lamarseillaise.fr/culture/festivals/67721-en-cette-annee-enflammee-embrassez-qui-vous-voudrez feux d'artifice, , artificier /