Pour Bordeaux fête le vin, Castelbajac et sa bouteille géante

Jean-Charles de Castelbajac sera à Bordeaux, dimanche prochain. Pas seulement en visiteur, mais aussi en tant qu’acteur et créateur du volet culturel de la Fête du vin (28 juin- 1er juillet).

Le couturier et designer a « revisité » une bouteille pour l’exposition « Les Bordelaises XXL » (une quarantaine de bouteilles géantes transformées en œuvres d’art) et a accepté « d’habiller » le ciel lors de l’ultime feu d’artifice avec David Proteau, directeur artistique de chez Lacroix Ruggieri.

Fidèle au Sud-Ouest

Lorsque l’on connaît l’emploi du temps du couturier, (ce week-end, il s’envole pour Israël) cette double participation constitue un événement. « Je suis un passionné du vin, un aficionado du bordeaux », précise l’intéressé en disant avoir accepté l’aventure avec énormément de plaisir.

« Je suis un homme du Sud-Ouest, rappelle-t-il, mes racines sont dans le Gers. À Loubersan. J’y reviens le plus souvent possible. Bordeaux, pour moi, c’est la frontière. Dès que j’y arrive, je me dis que je suis presque arrivé chez moi. Je m’y arrête aussi. J’ai une bonne partie de ma famille dans le Bordelais et dans les Charentes. »

De la tenue du pape Jean-Paul II en 1997 à… celle de Lady Gaga il y a peu, les créations de Jean-Charles de Castelbajac sont hétéroclites et nombreuses. Il reconnaît toutefois n’avoir jamais travaillé sur le thème de la bouteille. « Je dessine juste les étiquettes du vin et de l’armagnac produits par mes cousins Montesquiou dans le Gers. »

Qu’est-ce qui l’a donc conduit à intervenir sur les bords de Garonne ? « C’est l’enthousiasme des membres de la famille Janoueix, proches de mes cousins de la Guerronnière. J’aime les entrepreneurs habités par leur passion. En plus, j’ai trouvé le challenge interpellant. Il n’y a rien de plus difficile, et je l’ai vécu en 1997 lorsque j’ai travaillé pour Jean-Paul II, que de transformer et projeter dans le futur une tradition séculaire ou mythique. »

Le « Fantôme de Bacchus »

La bouteille de Jean-Charles de Castelbajac (4 mètres de haut) surprendra obligatoirement car elle ne ressemble à aucune des quarante œuvres exposées. Ce sera la seule présentée couchée.

Parce que l’artiste aime voir ses bouteilles bien alignées dans sa cave de Loubersan et qu’il ne souhaitait, en aucun cas, réaliser une bouteille décorative : « Je ne voulais pas mettre une bouteille debout et peindre dessus. Je voulais une bouteille qui interpelle. C’est le rôle de l’artiste et du designer, il est là pour poser des questions. »

« Lorsque les flacons sont debouts, poursuit-il, c’est lorsqu’on reçoit. Il y a une dimension conviviale. Là, ce qui m’intéressait, c’est la dimension spectrale du vin, la dimension d’intemporalité. Je propose un voyage dans le temps. Dans le vin, c’est ce qui me fascine. Quand on ouvre une bouteille qui remonte à la dernière guerre mondiale, il y a dans l’ouverture du flacon quelque chose qui nous ramène à une dimension légendaire. »

Il a baptisé sa bouteille « Fantôme de Bacchus » et elle est exposée « comme un sarcophage ». Elle est reliée au sol par une multitude de fils de couleur qui sortent du goulot. Le vin qui coule ? « Non, ce sont les racines », dit-il. L’analyse est donc plutôt à faire dans le sens « sol-bouteille » : la vigne qui pousse, le vin produit, la bouteille en cave, le vieillissement, la durée de vie…

Vin et feu d’artifice

Jean-Charles de Castelbajac sera là dimanche soir pour expliquer son œuvre. Il sera là aussi pour retrouver David Proteau, le directeur artistique de chez Lacroix Ruggieri. Tous deux ont créé le feu d’artifice prévu pour marquer l’issue de la fête.

Pour lui, ce ne sera pas une première. Il s’est pris au jeu des feux lorsqu’un journaliste lui a posé un jour : qu’est-ce que vous voudriez maintenant habiller ? « Spontanément j’ai répondu le ciel ! J’ai toujours aimé les feux d’artifice. J’ai toujours pensé aussi que l’on pouvait faire autre chose que  »la belle bleue’’ et  »la belle rouge’’ et créer de belles choses. Comme en couture. »

Voilà comment il a rencontré David Proteau, le directeur artistique de chez Lacroix Ruggieri (un créateur de feux hors pair) : « J’ai travaillé avec David Proteau à Courchevel autour d’un événement que j’ai fait avec Jean-Michel Jarre et également pour réaliser un feu au-dessus de la statue Henri IV à Paris. »

Un artiste a-t-il vraiment les moyens d’imposer son style lors un spectacle pyrotechnique ? « Bien sûr. On joue sur les couleurs (la robe du feu d’artifice), l’intensité, les rythmes, les saccades, les secousses… »

Pour Bordeaux, le créateur dit avoir beaucoup travaillé sur les vins et leurs couleurs. Sans difficultés au demeurant : « Entre le vin et le feu d’artifice, c’est une alliance magique. »

Article source: https://www.sudouest.fr/2012/06/24/la-cuvee-de-castelbajac-752196-713.php