Réécouter Emmanuel Macron, tout va si vite entre nous

« Emmanuel Macron, tout va si vite entre nous ». Voici ce que pourrait dire Marianne, la République, mi-admirative, mi-inquiète de cet empressement présidentiel. En marche ? Oui mais à vive allure : en moins de six mois, les ordonnances sur le travail ont été signées, tout comme la loi anti-terroriste, la loi sur les hydrocarbures, la loi de moralisation. Auxquelles s’ajoutent ces jours-ci le projet de loi de financement de la sécurité sociale et le budget 2018.

Bien sûr, cette vélocité tient pour partie aux outils institutionnels. Désormais, la quasi-totalité des lois est examinée en procédure accélérée, c’est-à-dire avec une seule lecture au Sénat et à l’Assemblée. Mais cette habitude avait déjà été prise sous Nicolas Sarkozy et François Hollande, l’explication n’est donc pas suffisante.

Sous Emmanuel Macron, l’enchaînement des projets de loi ressemble à un spectacle pyrotechnique, on ne sait plus où regarder. Exemple avec les ordonnances sur le code du travail. Les syndicats étaient encore plongés dans les alinéas du texte… qu’ils étaient déjà convoqués à nouveau pour discuter de la réforme de l’assurance-chômage !

Pas le temps de se poser pour contre-attaquer, les responsables syndicaux sont sur la défensive. En fond de court, comme l’on dit au tennis, à renvoyer des balles qui arrivent de plus en plus vite.

Ce n’est d’ailleurs pas si différent au Parlement : le budget de la sécurité sociale a été examiné l’autre nuit jusqu’à 5 heures du matin. Et comme le rapporte le journal Marianne, un amendement surprise pour baisser la fiscalité des stock-options est sorti du chapeau au dernier moment. Voté comme un seul homme par la majorité. A force d’empilement de textes, d’amendements et de votes, l’opposition a la berlue.

Une actualité chasse l’autre, une loi en remplace une autre. Et faute d’obstacles sur sa route, Emmanuel Macron fait penser au Belge de Coluche devant un distributeur de boissons : « tant que je gagne, je joue ! »…

Comment l’expliquer ?

Emmanuel Macron va vite, car les oppositions sont faibles. Les oppositions politiques d’abord. Toutes embringuées dans des querelles de ligne (Front national), de leadership (PS), ou bien les deux (les Républicains).

Résultat : ces formations ont du mal à faire entendre leur petite musique, face à la grosse caisse de la majorité. Une majorité trop neuve pour être minée par le découragement, trop récente pour être touchée par les ressentiments.

Quant à la France insoumise, qu’on entend plus que son poids réel dans l’hémicycle, elle n’a pour l’instant pas pu trouver la clé. L’articulation du combat avec les syndicats notamment a échoué, comme le reconnaît Jean-Luc Mélenchon dans un post de blog publié hier soir.

Pour parodier le slogan publicitaire d’un produit pour lave-vaisselle, « les oppositions durent moins longtemps avec Macron ».

L’efficacité d’Emmanuel Macron tient aussi à son programme. Il était clair, assumé, relativement précis. Comme le répètent à juste titre ses soutiens, personne ne peut se dire vraiment surpris.

La Loi travail de François Hollande, la réforme des retraites de Nicolas Sarkozy n’avaient pas été mentionnées dans les programmes de campagne, d’où leur accouchement difficile. Cette fois, les grandes réformes étaient annoncées, la méthode pour les adopter aussi.

Désir autoritaire

Le programme d’Emmanuel Macron avait aussi le mérite de ne rien devoir aux accords d’appareil, aux ralliements personnels, ou aux concessions rendues obligatoires par le système des primaires.

Par ailleurs, d’après les enquêtes d’opinion, il semble qu’une partie des électeurs ne soit pas contre le fait d’être un peu brusqués.

Les études marquent depuis 10 ans une progression constante de l’attirance pour l’idée autoritaire. Selon un sondage tout récent de l’institut IFOP, 38 % des personnes interrogées y sont favorables. On peut le déplorer mais c’est ainsi.

Ce désir d’autorité explique aussi qu’une partie de la population soutienne la marche forcée, tandis qu’une autre, un peu désabusée, la laisse s’exécuter. Alors jusqu’où ira cet activisme, face à des contre-pouvoirs qui sont en sourdine ?

Serait-t-on passés de l’agacement envers des présidents trop impuissants à la crainte d’un président trop puissant ?

Frédéric Says

Article source: https://www.franceculture.fr/emissions/le-billet-politique/le-billet-politique-mercredi-1-novembre-2017