À Toulouse, la pyrotechnie au cœur des questions de défense nationale

Les systèmes pyrotechniques sont partout où se trouvent un déclencheur : dans un airbag, dans un déclencheur d’avalanche, dans les moteurs de voiture, et bien sûr dans un feu d’artifice. Le secteur représente 1,2 milliard d’euros en France, seulement voilà, les allumeurs actuels sont issus de technologies vieillissantes qui ne sont plus adaptées aux évolutions des usages. C’est pour mettre en commun leurs recherches et apporter de l’innovation dans ce secteur que la société Lacroix, un des leaders mondiaux en matière de pyrotechnie, s’est associée au LASS-CNRS à Toulouse pour créer le laboratoire Impyact (Innovative Microsystems for Pyrotechnic Applications of Combined Technologies). Actuellement, 10 personnes travaillent dans ce laboratoire, qui nécessite un investissement moyen de 300 000 euros par an pendant 10 ans. Il a été inauguré le 23 novembre.

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En salle blanche, les chercheurs du laboratoire travaillent notamment sur de nouveaux matériaux ©photo Rémi Benoit

Des allumeurs « connectés »

Directrice de recherche au LAAS-CNRS et spécialiste de la pyrotechnique, Carole Rossi, qui a initié le partenariat avec Lacroix, assure que la modernisation des technologies pyrotechniques représente un enjeu important au niveau industriel et au niveau de la sécurité.

« Les systèmes pyrotechniques se trouvent partout dans la vie quotidienne et un de nos objectifs est de remplacer les allumeurs actuels, dont la technologie date du 19e siècle, par des allumeurs qui intègrent des technologies nouvelles plus sécurisées. Il s’agit aussi de travailler sur les matériaux, pour remplacer les poudres explosives actuelles qui sont dangereuses et polluantes. »

Ainsi, les équipes du laboratoire travaillent à l’intégration de nouveaux nanomatériaux réactifs compatibles « Reach », c’est à dire respectant les normes européennes en matière d’environnement.

L’autre objectif de ce travail en commun est de pouvoir transformer les systèmes pyrotechniques en véritables objets connectés, aux multiples fonctionnalités.

« Il s’agit de les équiper de capteurs qui permettraient par exemple de mesurer l’usure du système, de pouvoir le neutraliser s’il n’a pas fonctionné normalement, ou encore de mieux maitriser les effets d’une explosion », indique Carole Rossi.

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La chercheuse Carole Rossi est à l’origine du laboratoire Impyact ©photo Rémi Benoit

Un enjeu de défense nationale

Mais au-delà des objets du quotidien, la est aussi une affaire de défense nationale. Les systèmes sont positionnés sur les missiles, avions militaires, lanceurs, et systèmes de contre-mesure. Au sein du groupe Étienne Lacroix, la filiale Lacroix, spécialisé dans la défense et l’aérospatial, est celle qui concentre la grosse majorité des effectifs du groupe (350 personnes sur 810) et réalise à elle seule la moitié du chiffre d’affaires du groupe. À titre de comparaison, la branche dédiée aux feux d’artifice compte 61 personnes. La mission de est de proposer aux forces armées des systèmes pyrotechniques d’autoprotection, d’artifices et d’entraînement destinés à des applications aéronautiques, terrestres et marines.

Pour Serge Bidan, directeur général opérationnel de la société, l’enjeu est tout simplement « de faire face aux nouvelles menaces ». « Terrorisme, menaces bactériologiques, menaces sur avions civils », précise Carole Bossi.

« Par exemple, il n’existe actuellement aucun système de contre-mesure sur les avions civils, ce que l’on appelle les leurres. C’est le système qui permet à l’avion, quand il se ‘sent’ menacé par un missile par exemple, de générer une onde qui brouille les pistes. Pour échapper à la menace, l’aéronef va éjecter un ou plusieurs ‘leurres’ constitués d’un matériau dégageant une forte chaleur en se consumant. Ceci a pour effet de détourner les missiles, qui se guident grâce aux indications thermiques ».

Ce système, qui comprend de la pyrotechnie, existe déjà sur les avions militaires (les Rafales en sont équipés). Alors que la défense et l’espace représentent 37 % du marché français (soit environ 440 millions d’euros), la RD, la production et l’installation de systèmes pyrotechniques de défense sur les aéronefs civils laissent entrevoir un marché stratégique.

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Article source: https://toulouse.latribune.fr/innovation/recherche-et-developpement/2016-11-24/a-toulouse-la-pyrotechnie-au-coeur-des-questions-de-defense-nationale.html