Bordeaux : les feux d’artifices en sursis

Avec ses feux sur barge, Bordeaux est confrontée au flou des textes en vigueur

La barge remplie de fusées est chargée à Lormont avant d’arriver à Bordeaux-Centre.

Moins de feux d’artifice dans le port de la Lune, en tout cas sous la forme spectaculaire qu’ils avaient jusque-là ? La question est posée. Comme toutes les villes de France, Bordeaux a reçu un rappel à la prudence de la part des autorités compétentes. La réglementation relative aux artifices de divertissement, agréments et spectacles pyrotechniques a été revue en 2010. Il faut absolument la respecter, sous peine de se voir refuser l’autorisation d’organiser l’événement.

Plusieurs feux sont concernés chaque année à Bordeaux. Trois les années impaires (un ou deux lors de Bordeaux fête le fleuve et celui du 14 Juillet), cinq les années paires (quatre lors de Bordeaux fête le vin et celui du 14 Juillet). Un refus serait donc fâcheux et provoquerait un certain émoi au sein de la population.

La Ville de Bordeaux a toujours respecté la réglementation, sans trop savoir cependant si elle était réellement dans les clous car les textes manquent de précision. Le lieu de préparation du feu et le lieu de tir ne doivent faire apparemment qu’un. Or, à Bordeaux et dans la plupart des villes où les feux sont tirés sur l’eau (les communes du bassin d’Arcachon par exemple), il y a deux sites bien distincts.

À Bordeaux, le feu est ainsi préparé, le jour, sur une barge amarrée à Lormont. Soit douze heures de travail. Ce n’est qu’à 22 heures que le plateau flottant bourré de fusées se rend sur la zone de tir. Au milieu du fleuve, face au palais de la Bourse. Cette opération en deux temps permet d’utiliser le plan d’eau toute la journée, ce dernier n’étant pas paralysé par le périmètre de sécurité imposé, un cercle de 329 mètres de diamètre.

« La réglementation en vigueur ne prend pas en compte les feux tirés sur l’eau et leurs particularités », regrette Laurent Maupilé, délégué général de Bordeaux Grands Événements. « Si on nous impose un seul site pour la préparation et le tir, nos fêtes seront compromises ou alors on ne fait plus de feu. On ne peut pas geler tout le plan d’eau dans la journée puisque c’est là qu’ont lieu toutes nos animations. »

« Un réel problème »

Le délégué est d’autant plus gêné par le flou de la réglementation qu’il est aussi adjoint au maire de Lège-Cap-Ferret. « Dans la plupart des villages du Bassin, les feux sont également tirés sur barge. Qu’est-ce qu’on fait là aussi ? »

« C’est un réel problème », confirme Stéphan Delaux, adjoint au maire de Bordeaux. « Il y a des règles de sécurité et nous les avons toujours respectées. Il faut cependant qu’elles demeurent compatibles et ne condamnent toutes les fêtes que la ville organise sur les quais. Nous avons créé une commission de travail pour trouver des solutions. » David Proteau, directeur artistique chez Ruggieri Lacroix, qui crée des feux d’artifice dans le monde entier, participe à la réflexion. « Ce n’est pas simple », reconnaît l’expert. « Les textes ne sont pas suffisamment clairs. On peut les interpréter comme on veut. Il faudrait qu’ils prennent en compte les différents cas de figure. Notre réflexion fera peut-être évoluer les choses. »

Pour cette année, en attendant, la Ville fera un certain nombre de propositions à la préfecture dont probablement celle-ci : un périmètre de sécurité sur la zone de montage, un périmètre flottant autour de la barge en mouvement entre Lormont et le port de la Lune et un périmètre de sécurité sur la zone de tir la nuit venue.

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