«Comme un immense feu d’artifice» – Luxemburger Wort

Rencontre avec la musicienne bruxelloise Typh Barrow, avant son passage ce mercredi soir à la Rockhal.

Typh Barrow crève les écrans en Belgique francophone depuis dix ans. Entre pop et soul, l’artiste bruxelloise électrise son public avec qui elle communie comme personne. Sa cote de popularité a encore franchi un cap depuis qu’elle a rejoint le jury de «The Voice» il y a trois ans. Entretien avec une dingue de scène.

Typh Barrow, quand on regarde votre parcours, on se demande si on doit parler de dix ou de vingt ans de carrière?

Typh Barrow: «C’est compliqué d’isoler un moment charnière depuis que j’ai commencé à 14 ans dans les pianos-bars. J’ai l’impression d’avoir eu une croissance constante, plein de petits moments qui m’ont fait franchir des étapes. Aujourd’hui, on construit toujours ce chemin. Mais je n’aime pas l’idée du temps qui passe.

Ça vous angoisse?

«Je suis de nature très impatiente. Je n’ai jamais aimé mon anniversaire, car je me disais toujours que je n’aurais jamais assez d’une vie pour faire tout ce que j’avais envie de faire. Je suis une boulimique de la vie. Mais ça va mieux maintenant. Le fait de vivre des choses tellement fortes me permet de m’ancrer dans ce qui m’arrive et de ne pas me projeter vers la suite.

Vous donnez l’impression de vivre à cent à l’heure, mais en même temps de ne jamais brûler les étapes. Sélectionner les projets, c’est aussi la clef de la réussite?

«Je confirme, je fonctionne à cent à l’heure. L’univers a cependant bien fait les choses pour tempérer mon impatience et pour que les choses se fassent sainement et progressivement. On savoure chaque étape dans ce métier vertigineux. Quand j’étais petite, j’avais envie que les choses se passent vite et de façon spectaculaire. Mais on se rend compte que dans ce métier-là, ce n’est pas forcément désirable, ça peut être très compliqué à gérer. Je me suis construite à travers la scène. J’ai dû batailler dans les pianos-bars pour gagner mon audience et faire en sorte que les gens m’écoutent. Maintenant, on a un public super fidèle qui nous suit avec ferveur et bienveillance.

Votre actualité, c’est cet album «Raw Tour». L’idée est-elle née de cette impatience générée par la crise sanitaire et les privations qui vont avec?

«La tournée  »Aloha » devait se faire quand le Covid a commencé. On l’a postposée plusieurs fois. On a reçu des demandes de plus en plus insistantes du public pour revoir certaines prestations, car les concerts leur manquaient. L’idée a alors germé de créer ce CD/DVD. Le public qui nous suit est un indicateur qui ne trompe pas. Il est très intégré dans le processus de nouveaux projets. On fonctionne à l’ancienne. On teste nos nouveaux morceaux sur scène et on attend les retours pour décider ce que l’on en fait. La scène est un laboratoire.

Vous avez récupéré des captations de smartphones pendant le concert pour construire cet album. D’où est venue cette idée?

«De mon producteur François Leboutte. Il a eu cette idée géniale de se dire qu’il y avait potentiellement des centaines de caméras dans la salle. Et que ce serait bien que les gens envoient ce matériel. Comme ça le spectateur aurait la sensation d’être vraiment immergé dans la salle en regardant les images du concert. Ce fut un boulot de dingue. Des dizaines d’heures de dérushage. Le résultat est bluffant.

N’est-ce pas frustrant de voir tous ces gens vous filmer plutôt que de profiter pleinement du moment présent?

«C’est une question d’énergie. Quand on vit le truc et qu’on sent que le public vibre, on ne pose pas tellement la question. Le port du masque dans le public peut être perturbant. Ça m’a fait bizarre avant d’en faire abstraction une fois dans le concert et dans le partage.

Sur cet album, vous reprenez notamment Jacques Brel, «Quand on n’a que l’amour». Un véritable exercice de funambule, non?

«Complètement. Les circonstances étaient particulières car j’avais invité Maurane qui nous a malheureusement quittés beaucoup trop tôt. J’avais envie qu’elle soit là et je lui ai rendu hommage. Le dernier titre que l’on a partagé était un live de Brel sur la place des Palais. J’ai demandé à son pianiste Philippe De Cock s’il me ferait l’honneur de m’accompagner sur scène pour lui rendre hommage. J’avais envie de le faire.

C’est doublement sortir de sa zone de confort puisque vous chantez en français, ce qui est assez rare? C’est un tout autre mécanisme?

«C’est particulier. J’ai grandi dans une culture musicale anglophone. Ma langue maternelle est le français, mais parler et chanter sont deux choses très différentes. En anglais, on est davantage dans le mélodique que sur les paroles. Le français est une langue qui ne pardonne pas. Je n’ai pas confiance en moi, mais la force des choses a fait que je chante du Brel.

Dans un article qui commence à dater, vous sembliez réticente à l’idée de vous lancer dans le projet «The Voice», malgré les appels du pied. Pourquoi avez-vous donc changé d’avis il y a trois ans?

«On m’avait appelé pour participer en tant que talent. Les télé-crochets m’ont toujours passionnée depuis que je suis gamine, mais je n’ai jamais senti que c’était mon chemin. Quand on m’a demandé de devenir coach, je me suis posé la question de ma légitimité. J’ai appelé ma copine BJ (Scott, NDLR). Elle m’a dit de foncer, que j’allais adorer ça. Je me suis lancée dans l’aventure sans trop savoir à quoi m’attendre. Je me retrouve trois saisons plus tard à adorer l’exercice et à prendre du plaisir. A me sentir galvanisée par ces partages et ces rencontres humaines. J’apprends énormément.

On cite Adèle et Amy Winehouse parmi vos influences. Que prendriez-vous chez l’une et chez l’autre?

«Je ne peux rien prendre. Elles sont ce qu’elles sont avec tout leur vécu. Avec leur force et leur faille. Je prends l’inspiration mais elles sont inimitables. Personne ne leur arrive à la cheville et certainement pas moi.

A quoi les spectateurs de la Rockhal doivent-ils s’attendre?

«A la tournée  »Aloha » avec principalement des titres de cet album. Mais on ne va pas se priver de venir injecter de nouveaux morceaux. Les tester en live. J’emmène aussi mes deux talents demi-finalistes de l’année dernière à «The Voice», Alice et Edith. Puis encore plein de petites surprises que je garde pour moi. On est bouillants. On trépigne après deux ans d’arrêt. On va vivre ce retour sur scène comme un immense feu d’artifice.»

En concert au club de la Rockhal, ce mercredi 20 avril. Infos: www.rockhal.lu 

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Article source: https://www.wort.lu/fr/culture/comme-un-immense-feu-d-artifices-625e7d3bde135b9236c371ad