Le père, la mère et l’artifice

De la poudre et des pétards, c’est le programme de ce soir. 9 056 projectiles fendront le ciel de la nuit périgourdine, propulsés par plus de 120 kilos d’explosifs. Pendant 20 minutes, le feu d’artifice de la Fête nationale déploiera ses fontaines de couleurs et ses éventails d’étincelles sur les berges de l’Isle à partir de 23 heures. Aux manettes : une entreprise de Payzac, qui rassemble trois générations d’artificiers périgourdins.

Serge Lasfargeas a repris l’entreprise Auterie-Devaud, transmise par son beau-père. Pour lui et sa femme Christiane, le 14 Juillet est le jour le plus stressant de l’année. « Entre le 13 et le 14, nous organisons plus de soixante feux d’artifice, lâche-t-il, un peu tendu. Nous les préparons depuis janvier. »

Au cours de l’année, l’entreprise familiale organise près de 1 000 feux d’artifice. Elle emploie ponctuellement plus de 80 artificiers, dont le fils des patrons, Fabrice. « Il s’occupe de la composition avec moi et de la mise en musique avec sa mère, explique Serge Lasfargeas. Ce soir (NDLR : hier), il est à Limoges pour organiser le feu d’artifice du 13 juillet. »

Artiste et artisan

À l’intérieur de l’entreprise, il n’y a ni poudre multicolore ni détonateur à manivelle. Les fusées sont fabriquées près de Toulouse par les ingénieurs et les chimistes de l’entreprise ancestrale Lacroix-Ruggieri. Pour une sécurité optimale, les 1 900 kilos de matière active – c’est-à-dire explosive – sont stockés dans un entrepôt sous surveillance. « C’est une obligation légale, précise le patron. Elle n’est pas toujours respectée par certains artificiers, qui nous font de la concurrence déloyale. »

À première vue, l’entreprise Auterie-Devaud ressemble presque à une compagnie d’assurances, si ce n’est la présence de posters représentant des explosions sur chaque mur. Et pour cause : aujourd’hui, les artificiers travaillent tous sur ordinateur. « Tout est réglé à l’avance », décrit Christiane Lasfargeas. En face de deux écrans, l’héritière de l’entreprise écrit une « partition pyrosymphonique » sur de la musique classique. « Ensuite, il n’y a plus qu’à appuyer sur un bouton, et le spectacle se déroule à la demi-seconde près. »

Le métier n’en est pas pour autant devenu mécanique. Artiste et artisan, Serge Lasfargeas « met en scène » des spectacles qui ne se ressemblent jamais. « On ne fait pas de copier-coller, assure-t-il. Chaque spectacle doit être adapté au site en tenant compte de la toile de fond dont nous disposons. » Pour lui, « c’est d’abord une affaire de passion. Il faut connaître le produit et aimer la création. »

60 ans d’explosions

Sur un mur, des gravures du début du siècle représentent les débuts de la pyrotechnie. Créée en 1952, la société aura 60 ans l’année prochaine. « Et c’est loin d’être fini, prédit Christiane Lasfargeas. À 26 ans, notre fils est déjà passionné et il va reprendre le flambeau. »

Il faut dire que l’entreprise marche bien. Auterie-Devaud assure la plupart des spectacles pyrotechniques en Dordogne et dans le Limousin. Ce soir, elle organise notamment les feux d’artifice de Montignac ou de Terrasson où 24 000 projectiles seront accompagnés d’un son et lumière d’envergure. Auparavant, les Lasfargeas ont assuré la fin d’un concert de Yannick Noah, le millénaire de Saint-Front ou le retour d’exil de Mohammed V au Maroc.

La conversation s’interrompt par la visite de Céline Géraud. L’animatrice de télévision et ancienne judoka vient acheter des fusées pour son anniversaire. « L’année dernière, c’était Gérard Jugnot, il adore les feux d’artifice », sourit Serge Lasfargeas.

Ce soir, à Périgueux, le spectacle est assuré par cinq artificiers. Les chefs de tirs s’appellent Christian et Julien. Un père… et son fils.

Article source: https://www.sudouest.fr/2011/07/14/le-pere-la-mere-et-l-artifice-451720-1980.php