Ligardes. Un feu d’artifice pour les 25 ans de son fils décédé

Sur le portrait encadré que serre Christian Fernandez, le regard à la fois doux et déterminé de Nicolas, son sourire légèrement esquissé, son visage allongé et ses cheveux coupés court rappellent ceux de son père. « C’est un copier-coller », souffle Ingrid Thomas, la compagne actuelle de ce dernier. « J’ai perdu mon double », confie le Ligardais.

L’homme âgé de 51 ans organise, ce soir, un feu d’artifice en hommage à son fils décédé en 2012. L’adolescent de 16 ans avait été percuté, le lendemain de Noël, par un tracteur alors que l’apprenti se rendait sur son lieu de travail à Condom. L’engin agricole avait coupé la route à la moto de 50 cm3 du jeune pilote au moment où le Gersois tentait de le doubler.

Nicolas Fernandez aurait fêté ses 25 ans aujourd’hui. « Le but n’est pas de faire ce type d’événement tous les ans. C’est juste un passage important de la vie qu’on veut marquer », souligne ce père de deux enfants qui cite le message inscrit sur le caveau de son fils : « Parler de toi, c’est continuer à te faire vivre. Ne plus parler de toi, c’est t’oublier. »

Ce feu tiré par un couple de professionnels toulousains depuis le terrain familial, l’entourage de Nicolas le voit aussi comme un moment cathartique. « On ne peut pas rester tout le temps dans cette souffrance. On a la chance d’accomplir quelque chose qui nous permette de nous libérer en partie de cette douleur et de l’exprimer », affirme Christian Fernandez. Océane, la sœur de l’adolescent, parle de « renaissance » : « Quand ça va péter, ça va être beau. »

« Ne pas baisser les bras »

Très fusionnelle avec son frère, la jeune fille âgée de 21 ans n’était encore qu’une collégienne au moment de l’accident. « Il me donnait le biberon quand j’étais petite, il faisait toujours attention à moi. Je n’arrivais pas à rester seule la nuit, alors je dormais avec lui. J’ai mis deux ans à comprendre qu’il était mort. » L’adolescente se tourne alors vers la chanson. Son père lance une vidéo réalisée par Océane : sa voix claire et pure interprète avec justesse et sobriété « SOS d’un terrien en détresse » tandis que défilent les images de moments festifs et complices en famille.

Christian Fernandez a quant à lui décidé de ne « pas baisser les bras » après le décès de Nicolas. « Personne n’est à l’abri d’une telle souffrance. Des drames, il y en a tous les jours. Certains s’effondrent. D’autres se battent, comme j’ai fait. Chacun réagit à sa manière. » Si l’électricien a longtemps continué à tendre l’oreille, le soir, pour guetter l’arrivée de son fils au carrefour, s’il a connu des années de procédure pour prouver la responsabilité de l’agriculteur et s’il a assisté à l’explosion de son foyer, ce papa protecteur a toujours été combatif. « J’ai acheté la même moto que Nicolas pour contester la reconstitution des faits et montrer qu’il n’avait pas la même visibilité et position que les gendarmes. » Le conducteur du tracteur a finalement été condamné à six mois de prison avec sursis et a dû indemniser la famille.

Le Ligardais n’a pas non plus voulu que leur vie reste figée. Certes, les peluches s’entassent toujours dans un coin de la chambre de l’adolescent, son portefeuille posé sur le bureau renferme encore les billets reçus à Noël, la veille de sa disparition, mais la pièce, utilisée par l’électricien dans le cadre de son métier, est loin d’être un sanctuaire.

Avec ce feu qui a obtenu toutes les autorisations requises, « je continue mon devoir de papa » envers cet enfant décrit par tous comme généreux et serviable. Son ancien patron, à la tête de Henry Cycles, souhaitait lui transmettre son affaire à son départ à la retraite. Dans une lettre lue lors de l’enterrement et conservée depuis dans un cadre, sa secrétaire saluait ce passionné de motos, « travailleur, réservé sans être timide, poli sans être obséquieux », « ce bon petit gars qui n’a pas eu besoin d’une vie entière pour gagner sa place au paradis ».

« Un gâteau envoyé dans le ciel »

Le 26 décembre dernier, le couple d’artificiers toulousains avait déjà tiré huit « marrons d’air » pour commémorer les huit ans de sa mort. « Ces boules qui éclatent comme des coups de canon ont été lancées à 9 h 20, l’heure de son décès, toutes les 24 secondes car il aurait eu 24 ans. »

Ce soir, à 22 heures, le chiffre 25 s’enflammera. Le d’une durée de cinq minutes sera précédé de la chanson « Tout l’univers » de Gjon’s Tears, enregistrée à l’avance et interprétée par Océane. Une mélodie choisie, entre autres, pour ses paroles : « Nos deux cœurs sous la terre, au milieu des failles où tout éclate. » Crépiteront ensuite les feux, « comme un gâteau envoyé dans le ciel, avec ses bougies ». Le rythme suivra celui de la chanson « J’y vais » de Patrick Fiori et Florent Pagny, ainsi que ses paroles : « Joli fantôme qui nous hante, cet enfant qui ne nous quitte pas. Toute ma vie vient de la sienne, toute sa vie tient dans mes veines. S’il fallait traverser les mers pour embraser les terres de feu, j’irai. »

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