Nancy : de l’or comme s’il en pleuvait

Il est une fois un étrange pays où une armée de fantassins aux couleurs d’arlequins est capable de faire reculer trois divas à l’organe vibrato et à la taille fortissimo. Trois créatures à la voix d’or que harcèlent sept tambours endimanchés et cernés d’une foule éberluée au pied de l’arc Héré. Image de la Saint-Nicolas…

Il est une fois une fort jolie ville, où un lion de métal articulé, aux grommellements sourds mais à la robe étincelante, échange un clin d’œil avec un pantin taille XXL comme tombé d’un sapin de Noël titanesque. Image de Saint-Nicolas…

Il est toujours une fois une cahute à roulettes dans laquelle le pèlerin est prié de s’engouffrer pour entendre M. Ratapoil raconter des histoires à semer le trouble dans les placards et le rire dans les mémoires. Jamais dentier n’aura aussi bien fait la claque… Image de Saint-Nicolas, encore une fois…

Glisser de l’imprévu

Hier, le saint patron faisait le cadeau de ces apparitions surprises dans une cité tout entière consacrée à la fête. Alors que sur la patinoire de la place Charles-III glissaient les adeptes d’un monde plus fluide, saltimbanques, musiciens et machines ont glissé, eux, de l’imprévu dans le panorama de la ville. Avec nulle autre vocation que de distiller un peu de cette magie propre à réanimer la légende, avant que la légende en question ne fasse son apparition, le soir, en chair et en os.

À ce propos toutefois, il a régné toute la journée comme une interrogation flottante sur la ville. Le du soir, ce fameux triomphe du feu et de la lumière, allait-il pâtir d’une grève on ne peut plus matérielle et terrestre ? Sur la place, on s’est tôt surpris à compter. Peut-être un peu exagérément, les officiels estiment à 30.000 le nombre de personnes rassemblées lorsque la place est comble. Permettons-nous d’en douter à la marge. Mais quand l’heure H a sonné, même si le site n’était pas tout à fait saturé, le fait est qu’il était noir de monde. Le tapis de la foule était bel et bien déroulé pour accueillir le haut personnage dont Nancy a fait sa vedette absolue.

Poudre et barbes d’or

À 19 h 30 tapantes, nuit sur la place, et plein feu sur les façades. Avec d’abord un petit rappel en mémoire à l’usage des enfants : évocation de l’histoire fondatrice. Sans doute la partie la plus faible du show, une légende édulcorée, hachée de quelques assauts de la lumière rendant un hommage un peu faiblard au sauveur de mouflets. Mais lorsque la parole est rendue aux flammes de la , on verse alors dans une tout autre dimension. Celle de la grandeur. La poudre d’or s’épanche depuis les cieux, et s’étiole en longues barbes royales et patriarcales. Les bougies incandescentes fusent, les comètes s’enflamment, les fleurs s’ouvrent dans une déflagration dont on redoute qu’elle ne fissure jusqu’aux pavés de la place. Et dans un nouvel effet des plus réussis, des essaims d’étincelles se dispersent en nuées paniquées. Enfin, dans une succession de jets de feux, auxquels les jets d’eau versaillais n’ont certes rien à envier, le roi de la place tire sa révérence. Pour mieux revenir ce soir. Le roi est là, le roi s’en va, le roi reviendra, vive le roi !

Article source: http://www.estrepublicain.fr/meurthe-et-moselle/2013/12/08/de-l-or-comme-s-il-en-pleuvait