Le groupe F fait parler la poudre

Mettre le feu à la planète. Une formule qui sent bon la poudre. Pour le Groupe F, fameuse troupe de pyrotechniciens, il s’agit d’une réalité démultipliée. Un exemple : le 31 décembre, les cent quatre-vingts membres du collectif, créé au début des années 1990 et piloté par Christophe Berthonneau, ont allumé au même moment les mèches de quatre feux d’artifice – trois à Dubaï, un à Taipei – pour des réveillons aussi géants que les gratte-ciel qu’ils prenaient d’assaut.

De la pyrotechnie comme le meilleur moyen de parler une langue commune, celle de l’émerveillement, de l’enfance. « Sans compter que c’est toujours un miracle qu’une fusée qu’on n’a jamais testée explose comme on s’y attendait, commente Christophe Berthonneau. C’est tellement fragile, un feu d’artifice ! »

D’un divertissement populaire d’une complexité plus affolante qu’on veut bien le croire, le Groupe F a non seulement conservé les lettres de noblesse mais en a fait l’outil insolite d’une écriture visuelle, d’une dramaturgie spectaculaire, au service d’un monument, d’un territoire ou d’un événement de premier plan.

« Petit peuple de lumière »

La tour Eiffel, le pont du Gard, la tour de Belem, à Lisbonne, les Jeux olympiques d’Athènes mais aussi la célébration de l’indépendance et la libération au Koweït en 2011, pour ne citer que quelques exemples, ont servi de rampe de lancement à l’imagination du Groupe F, qui a aussi mis en scène des pièces comme Cyrano de Bergerac, à Versailles. « Avant de mettre en oeuvre un feu d’artifice, nous nous imprégnons du lieu pour transfigurer l’espace ou le monument, précise Christophe Berthonneau. Il s’agit d’imaginer une topo-fiction qui l’interprète, le révèle à travers notre interprétation. »

Pour Marseille-Provence 2013, le Groupe F a ouvert toutes les valves de son imagination. Autour du thème de l’eau et de ses multiples usages, une dizaine de lieux – parmi lesquels les calanques à Cassis, les fontaines d’Aix-en-Provence, les canaux de Martigues, l’île méditerranéenne d’If, le golfe de Fos et la grande Bouche-du-Rhône à Port-Saint-Louis-du-Rhône – accueilleront les artificiers et leurs installations.

Intitulés Révélations, ces différents récits pyrotechniques sont conduits par les révélateurs, « petit peuple de lumière », selon la formule de Christophe Berthonneau. « Il est important d’incarner nos feux en leur donnant une échelle humaine, précise-t-il. Nos sources d’inspiration sont souvent basées sur la place de l’homme dans l’espace naturel. Grâce à la présence de ces révélateurs aux costumes luminescents qui apparaissent et disparaissent en marchant sur l’eau ou en franchissant des précipices, les espaces sont contaminés et réveillés par les lumières qui leur donnent sens et profondeur. »

A Arles, Christophe Berthonneau et son équipe ont rêvé autour de tout ce que le Rhône charrie : métaux, animaux, arbres morts et autres débris, déchets, traces de l’humanité emportées et transformées par le fleuve. Entre campagne et ville, activités agricoles et industrielles, c’est tout un pan de l’évolution de la société dont le Groupe F s’empare pour écrire en mille circonvolutions colorées, par des feux d’artifice, des vidéos, une partition musicale signée par le complice de toujours Scott Gibbons. Atout majeur de la nuit, il racontera la saga modeste et héroïque de l’homme en marche. Avec toujours, au coeur de l’histoire, la passion increvable de l’extase visuelle unique procurée par la pyrotechnie. « Le public ne nous choisit pas, rappelle Christophe Berthonneau. Il vient nous voir avec la volonté d’être séduit. »

Sur le Web : www.groupef.com.

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